Ménille Avénale

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Les principales lois du coup de fil maternel (ainsi que quelques règles d'or afin de profiter au mieux de ce moment de complicité familiale)

le jeudi 30 août 2007

Bien sûr, il n'y a pas qu'une sorte de coup de fil maternel. Selon que l'on est ado, étu ou adulte (l'étudiant est adulte légalement, je vous l'accorde, mais souvent, c'est un adulte... pas tout à fait fini, une sorte de créature de transition, un pré-adulte, plutôt), selon que l'on vient de faire une grosse bêtise ou que l'on a besoin de réconfort, recevoir un coup de fil de sa mère n'a pas la même signification ni les mêmes conséquences.

Le CFM (Coup de Fil Maternel) dont je vais vous entretenir aujourd'hui est plutôt le CFM neutre et routinier que l'on reçoit quand on est un peu installé dans la vie, un peu loin de sa mère aussi (trop pour, par exemple, la voir tous les jours même si on en avait envie - car de toute façon, vivrait-on assez près que l'on n'en aurait pas forcément envie pour autant) et qui n'a pas pour but d'annoncer des nouvelles fracassantes et totalement inouïes, mais juste de parler un peu de ce que l'on fait ces jours-ci, c'est-à-dire la même chose que la semaine dernière et probablement aussi que la semaine prochaine à quelques menus détails près.

Or, il se trouve que ce type de CFM obéit de manière étonnamment fixe à des règles quasiment immuables.

1. Au moment où vous vous installez dans la vie loin d'elle, comme je le disais plus haut, votre mère fixe elle-même le rythme du coup de fil à la fréquence à laquelle elle a l'habitude de recevoir ses propres CFM, et ce, même si cette fréquence ne lui convient pas et qu'elle s'en est toujours plainte. Cela va de pair avec cette loi générationnelle plus solide encore qui veut que toute femme reproduise avec sa fille ce que sa mère a fait avec elle, alors même qu'elle ne le supportait pas et avait résolu d'être une mère tout à fait différente.
Bien sûr, cette première loi n'est valable que si vous êtes une fille. Si vous êtes un garçon, deux possibilités : soit elle vous appelle tout le temps, pour un rien (ce qui est certes un rythme régulier, mais pas celui des appels de sa propre mère), soit elle n'ose pas vous déranger avec ses bavardages et attend donc religieusement que son grand fils daigne l'appeler lui-même. Si vous ne le faites pas pendant plusieurs jours voire semaines, ne vous inquiétez pas : elle ne vous appellera quand même pas la première, mais déchargera son trop-plein de paroles sur votre soeur.

2. Par définition, le CFM tombe mal. (Pour qu'il tombe bien, il faudrait que ce soit vous qui le passiez, ce qui en ferait un CFF, un coup de fil filial, et ce n'est pas notre sujet du jour.) Même si vous l'attendiez, même si vous vous y étiez préparée, même si vous aviez dégagé une plage horaire de votre précieux temps pour vous soumettre à cette corvée rituelle garante de votre tranquillité (combien de disputes et de reproches votre mère vous a-t-elle épargnés en échange de votre heure de conversation hebdomadaire ? Dieu seul le sait, mais c'est finalement un sacrifice bien minime), il se passe toujours quelque chose qui fait que finalement, à la toute dernière minute, le CFM tombe mal.
Exemple vécu : quelques minutes avant le CFM, votre amoureux/meilleure amie/patron appelle. Impossible de ne pas décrocher. Vous vous dites : pas grave, si ma mère appelle pendant ce temps, je la mets en attente ou je la rappelle. Et quand elle appelle effectivement et que vous lui annoncez "Tu sais, je suis au téléphone avec Hubert/Simone/Monsieur Brachard", elle s'exclame "Ah, vraiment, alors comment va-t-il/elle ?" et commence à parler. Il faudra l'interrompre trois fois avant de pouvoir lui expliquer qu'elle va devoir attendre quelques minutes, ou rappeler plus tard. Bon courage.
Variantes possibles : quelques minutes avant le CFM, le chat renverse sa gamelle d'eau et inonde la cuisine, votre voisin envoie un ballon de foot dans un de vos carreaux, Desperate Housewives vient de commencer, vous êtes prise d'une envie subite d'aller vider votre vessie et c'est de la salle de bain, incapable de bouger sous la pression du liquide trop longtemps retenu, que vous entendez, impuissante, votre téléphone sonner rageusement...
Prévoyez de longues minutes pour, au choix, décrocher mais expliquer que vous êtes obligée de rappeler plus tard, ou bien laisser sonner et expliquer plus tard pourquoi vous n'avez pas répondu.

3. Votre mère appelle certes pour prendre de vos nouvelles, mais pas de toutes vos nouvelles.
Oh, je sais ce que vous allez me dire : "De toute façon on fait le tri, hein, on ne raconte pas tout à sa mère..." Naïve que vous êtes ! Dans ce tri, vous avez laissé traîner au moins un ou deux sujets que votre mère n'a pas envie d'aborder. Si vous les maintenez, attendez-vous à subir, au choix, inattention complète ou énervement maternel.
Les amours, par exemple - sauf dans les très, très grandes lignes. Votre mère a juste envie d'entendre des phrases-clés comme "Il faudra que je te présente quelqu'un la prochaine fois qu'on se voit", "Hubert et moi, on va s'installer ensemble", "Hubert et moi, on va se marier", "Hubert et moi, on attend un bébé", "Hubert et moi on se sépare". Cinq phrases faciles à mémoriser et parmi lesquelles vous n'aurez pas à piocher plus d'une fois par an à peu près (beaucoup moins pour certaines d'entre nous). C'est tout. Le CFM ne doit comporter aucune autre évocation de votre vie amoureuse, sauf question explicite à laquelle il faut répondre le plus brièvement possible : "Et comment ça va avec Hubert ?" "Très bien, très bien" ou "Pas bien du tout, mais je n'ai pas envie d'en parler pour l'instant" (seul développement possible dans le cas où vous auriez besoin de cette seconde réponse parce qu'il est hors de question que vous cassiez du sucre sur le dos de votre amoureux en présence de votre mère - en revanche, l'inverse est naturellement possible même si pas toujours conseillé).

4. Votre mère n'appelle pas seulement pour prendre de vos nouvelles, mais aussi - et peut-être surtout - pour donner des siennes, et avec les siennes, celles de tout le quartier (que vous avez quitté il y a dix ans mais dont elle suppose que ça vous intéresse toujours), de tous ses amis à elle (qui ne sont donc pas les vôtres mais autant que vous soyez prévenue, si un jour vous vous mariez, ils devront être invités - mon conseil : allez vous marier à la mairie avec juste deux témoins et basta) et, bien sûr, de vos grands-parents, comme si vous ne les appeliez jamais.
Bon, d'accord, vous ne les appelez jamais, mais c'est bien qu'il y a une raison, non ? En tout cas, ce n'est pas pour entendre quand même parler d'eux lors d'un CFM (déjà assez pénible comme ça, merci).
Et pendant que vous branchez le kit mains-libres ou le haut-parleur (on ne sait jamais, à un moment donné, elle pourrait s'interrompre dans son monologue et vous poser une vraie question) pour vous soulager un peu le bras et l'oreille, vous vous demandez pourquoi, mais pourquoi tout cela a le don de vous ennuyer autant alors qu'avec vos ami(e)s, vous adorez les ragots, même à propos de gens que vous ne connaissez pas, et vous pourriez en écouter pendant des heures même s'ils sont moyennement croustillants ; alors, c'est à peu près pareil, non ? Eh bien non, pour une raison simple : votre mère, c'est votre mère. Pas votre copine. Et les meilleurs psychologues vous diront que c'est sans doute grâce à cela qu'aujourd'hui, vous êtes une personne équilibrée et mûre avec de bons repères et aucun problème d'autorité. Merci qui ?

Certes, tout cela ne fait pas du CFM le moment le plus agréable de votre journée. Pourtant, il existe quelques façons très efficaces d'en faire un moment, disons, pas trop désagréable.

1. Rentabilisez ces précieux instants au cours desquels vous êtes coincée chez vous, réduite à une relative immobilité et à des activités peu bruyantes (impossible de passer l'aspirateur ou de percer des trous dans le mur, elle ne vous croirait pas si vous disiez que si si, je t'écoute, maman).
Ceci est vraiment une règle d'or absolue à laquelle il ne faut jamais, jamais déroger : lors d'un CFM, il faut être (ou se rendre rapidement) à proximité de son ordinateur, l'allumer en douce et lire ses mails, ses blogs préférés et ses pages d'actualité habituelles sans le moindre scrupule. C'est autant de temps que vous ne perdrez pas sur le Web depuis votre bureau ou à des heures auxquelles vous êtes censée bosser, feignante ! On peut aussi, en coupant le son, lancer MSN et chatter peinarde pendant que le CFM continue à vous abreuver en nouvelles fraîches de la boulangère du coin et de gens que vous n'avez pas revus depuis l'âge de cinq ans.
Attention toutefois : votre mère vous connaît par coeur et elle est capable de déceler, rien qu'à votre voix, le taux d'attention que vous lui accordez réellement. Si vous êtes trop à fond sur l'ordi, elle va finir par vous dire : "Tu m'écoutes, là ? Tu n'es pas plutôt sur ton truc, comment vous appelez ça, Mécène, votre truc de tchatche, là ?" Bon, vous voyez bien qu'elle vous connaît par coeur. Alors de grâce, jouez-la fine et rajoutez-en sur les signes extérieurs d'intérêt ("Ah ? Oh ? Oui, vraiment ? Noooooon ! Si ?", le tout prononcé avec conviction, servez-vous des cours de théâtre du lycée, que voulez-vous que je vous dise).
Variantes possibles à l'ordinateur : manucure, pédicure, épluchage de pommes de terre et autres pliages de linge. Malheureusement, tout cela ne dure pas toujours assez longtemps pour couvrir le CFM, alors que l'ordi, si.

2. Il n'y a aucune autre règle d'or aussi incontournable que celle-ci. Le reste n'est que petits aménagements personnels avec le CFM, à adapter aux goûts de chacune. S'offrir une soirée DVD après chaque CFM en compensation (limite : et s'il y a plusieurs CFM par jour ?), déverser sur sa mère tout son énervement de la journée pour ne pas avoir à le déverser sur son amoureux (limite : ça va l'énerver en retour et je ne garantis pas la fin heureuse du CFM), n'accepter les CFM que quand on est très malade, clouée au lit et qu'ils en deviennent presque une distraction (limite : ça risque de ne pas se produire très souvent et vous serez vite brouillée avec votre mère, sauf si elle accepte de commencer un CFM par "Alors, quoi de neuf ces deux dernières années ?").

Je pense que j'ai fait mon boulot et que ce post vous aidera à mieux appréhender et gérer les CFM qui vous attendent. Dans le cas contraire, je décline évidemment toute responsabilité. J'ai bien trop à faire avec ma mère pour m'occuper de la vôtre, cela va de soi. (Mais dites-vous que c'est grâce à cela que les psys sont des gens riches.)

Isa'vaient qu'à faire mieux, saison 2 ! - 1/2

le dimanche 26 août 2007

Comme annoncé récemment, c'est avec une vive émotion que je m'apprête à vous faire part de l'information suivante : le cru Isa juillet 2007 était largement aussi mûr et savoureux que le cru Isa juillet 2006. Ainsi, à un an d'intervalle, ô merveilles de la complexe et pourtant constante âme humaine !, un magazine féminin a priori sans histoires s'acoquine par deux fois avec les relents putrides de la misogynie, du culte de l'apparence et de l'insulte à l'intelligence de ses lectrices.

Mais je sais que vous bavez d'impatience d'en savoir plus. Et je vous comprends.

Vous vous souvenez des posts que j'avais écrits, sur Canalblog, d'après les articles du numéro d'Isa du mois de juillet 2006 ? Pour vous rafraîchir la mémoire (et après tout, qui sait, peut-être ne me lisiez-vous pas à l'époque) (après tout), les voici tous les trois : 1, 2 et 3/3.
Il faut aussi que vous sachiez - et là, vous êtes bien obligés de me croire sur parole - que je n'ai pas racheté ce magazine depuis lors, échaudée sans doute par ce que j'y ai lu l'été dernier alors que ses numéros précédents m'avaient plutôt bien plu. C'est donc le hasard le plus pernicieux, en la personne d'une amie qui prépare un déménagement et m'a refilé, pour s'en débarrasser, un sac plein de magazines féminins - que j'ai évidemment accepté avec enthousiasme - qui m'a mis dans les mains, quasiment au sens propre, le numéro dont je vais tâcher de vous régaler aujourd'hui et qui confirme, voire dépasse, tous les espoirs éveillés par son grand frère. En voici la preuve, en deux parties.

L'article sur lequel je vous suggère de nous pencher aujourd'hui s'intitule "Casée en 1 semaine !" et vous pourrez le trouver, si vous voulez lui faire subir un peu de sorcellerie vaudou, à la page 183 du magazine. (Et puisqu'on parle de vaudou, je vous signale que l'adresse mail de son auteur figure en toutes lettres dans l'en-tête. Alors, mesdemoiselles et messieurs, on fait quoi ? Je lui écris avec le lien de ce post, ou je mets l'adresse sur ce blog, oui oui, j'ai pas peur, moi, et on lui envoie des messages anonymes de mécontentement sanguinaire ? Dites-moi, hein.)

Attention : c'est long, mais c'est bon.

Pour commencer, le titre lui-même est fort prometteur, ayez l'élégance de le reconnaître. Se "caser" (j'adore le mot) en une semaine ?... C'est bien là le rêve de toute jeune fille du XXIe siècle, voyons ! Vite vite, trouver un exemplaire masculin au bras duquel se pendre pour ne pas, surtout pas rester seule. Quoi ? Que dites-vous ? "Amour" ? "tendresse" ? "érotisme" ? "profondeur insondable de la rencontre imprévisible mais fondamentale avec autrui, unique et multiple à la fois" ? Non, je ne vois pas, ça ne me parle pas du tout. Moi, je veux me caser, compris ? Et en une semaine, pas un jour de plus, parce que bon, être seule, c'est quand même la loose totale vu que seule, je ne vaux rien (pas d'intelligence à moi, pas capable de me distraire ni de m'épanouir seule, etc, etc, je ne suis qu'une fille, hein, pardon).

Encore pourrait-on pardonner à l'auteur ce langage, comment dire, abrupt si le reste de l'article était placé sous le signe du second degré, de la causticité et du symbolique - exemple : le "en 1 semaine" du titre ne signifierait pas à proprement parler "en une semaine, top chrono", mais plutôt : "en un temps court qu'il revient à chacune d'évaluer et d'adapter à sa propre situation". Hélas, niveau second degré et poil à gratter métaphorique, je crains de n'avoir pas frappé à la bonne porte. Morceaux choisis.

1. De deux choses l'une : soit l'auteur de l'article a une vision déplorable des femmes, soit il cache bien son estime pour elles. Ou alors les deux, mon capitaine, car notre journaliste ne semble pas en être à un paradoxe près. "Les femmes qui se casent", écrit-il en citant "Pierre Lamy, psychologue du couple", "sont profondément dépendantes, elles ont viscéralement besoin d'un partenaire". Donc, non content de rédiger un papier destiné à une catégorie de lectrices peu mûres émotionnellement et voué à aggraver encore cet état de fait, il le leur dit en face, ce goujat.
Toutefois, reconnaissons qu'il accorde aux femmes une responsabilité non négligeable dans le (bref) processus de "casage" qu'il croit indispensable à leur équilibre personnel : c'est à elles de choisir l'heureux élu et pas l'inverse. Le choisir, oui, mais sur quels critères ? Eh bien, tout est fonction de la personnalité de départ et de la méthode employée pour mener ce choix. Les choses sont simples : soit vous êtes une fille "romantique", ce qui signifie que vous vous fixez "des objectifs fantaisistes", et dans ce cas, vous êtes "incasable" ; soit vous êtes "réaliste", ce qui équivaut, je suppose, à ne pas se fixer d'"objectifs fantaisistes", et là, bingo, vous êtes "casable".
Parfait, mais quels sont donc ces "objectifs fantaisistes", vous demandez-vous, mademoiselle, avec une pointe de panique dans la voix, et comment faire pour ne pas tomber dans leur piège ? Rassurez-vous, c'est fort court et je ne résiste pas au plaisir de vous livrer ici leur définition complète selon l'auteur de l'article :

pas question de me brader, il faut qu'il soit ambitieux mais gentil, cultivé mais viril et, et... et pourquoi pas aristo en plus ?
Est-ce bien compris ? Toute tentative de faire preuve d'un peu d'exigence, d'un peu d'estime de soi et de la moindre attente un tant soit peu incongrue ("cultivé" ? mais quelle idée, enfin !... à quoi bon, Simone !) sera taxée de fantaisisme lèse-casage (pause ludique : essayez de prononcer l'expression "fantaisisme lèse-casage" trois fois de suite le plus rapidement possible. Rigolo, hein ?) et donc vouée à l'échec. Mieux vaut prendre exemple sur la "casable réaliste" qui, elle, saisit "son carnet d'adresses et scanne son entourage". Elle ne risque pas d'y trouver un prince charmant mais puisque ce n'est pas cela qu'une femme est censée attendre à moins d'être déjà à moitié folle, ça fera bien l'affaire. Finalement, l'amour, c'est simple comme un coup de fil.
Une fois l'heureux candidat choisi, les efforts à fournir du côté féminin sont heureusement minimes et se résument en une seule injonction : "Soignez le packaging", parce que "l'emballage joue un rôle déteminant" pour ferrer définitivement votre élu dans vos filets. Oui, vous avez bien lu : "l'emballage". Nous sommes des paquets, mesdames, des objets commercialisables dont l'apparence doit répondre à des règles marketing bien définies. Une fois, passe encore, on pourrait à la rigueur prendre cela pour de l'humour ; mais quand le même terme, ou presque, apparaît deux fois en quelques lignes seulement, je crains que nous ne soyons bien au-delà de l'humour et qu'il ne révèle une conviction profonde du journaliste.
Enfin, croit-il vraiment flatter nos aspirations les plus profondes quand il nous propose d'être "douce mais ferme, directive, jamais soumise" (oh, et la marge entre "directive" et "soumise" ne réside-t-elle pas précisément dans une complicité bien sentie avec l'autre mais que, d'évidence, nous n'aurons jamais le temps d'acquérir en une semaine) ? Il faut savoir dire oui et non à bon escient, mesdames. Voyez plutôt :

Le resto oui, les chemises à repasser, non. Le week-end à Deauville oui, la visite chez sa mère non (sauf anniv ou décès). La déco oui, le ménage, non, etc.
En clair (acceptez que je décrypte pour vous, ça me fait plaisir) : tout ce qui me fait plaisir, oui, tout ce qui suppose un effort de ma part, non. Tout ce qui flatte mes sens et mon goût du luxe (qu'importent mon esprit ou ma soif d'émotions), oui, tout ce qui exige que je mette la main à la pâte pour construire une vraie relation, non. Etc, etc. Pardonnez cette intrusion mais une question me taraude depuis tout à l'heure : quel genre de femmes ce journaliste a-t-il bien pu fréquenter dans sa vie, que diable, pour nous prendre à ce point pour de pures jouisseuses molles du flanc et impatientes de trouver le crétin qui saura s'en contenter ?

2. Par la même occasion, il n'a pas une vision beaucoup plus positive des hommes - ni donc, logiquement, des femmes qui les méritent. Appréciez plutôt ce sage conseil en vue du choix du bon partenaire de casage : "Le bon mâle (reproducteur ou pas) se recrute dans un créneau étroit". Messieurs, vous ne viendrez pas vous plaindre de ce que le machisme de certains de vos congénères vous fait passer pour des abrutis aux yeux de toute la gent féminine ; ici, vous êtes traités comme des femmes (quel effet ça fait ?), vous êtes des mâles, point, peut-être pas même reproducteurs, et sachez bien que la prochaine qui vous fera les yeux doux n'aura pas vibré pour vous de toute sa chair, contrairement à ce que vous pensiez (peut-être êtes-vous aussi un incurable romantique, après tout) mais qu'elle vous aura purement et simplement recruté.
Le recrutement du mâle, que voilà un sujet sensible méritant d'être traité avec toute la délicatesse qui lui sied. Il faut taper dans "le fraîchement divorcé qui vit dans un studio sinistre" (et porte sans doute ses problèmes et sa perte d'espoir amoureux en bandoulière, mais ça, on s'en fiche), "le jeune veuf" (Dieu nous en préserve, le pauvre ! jeune ET veuf, il ne demande rien à personne et paf, voilà qu'on le recrute pour un casage express - la vie est mal faite, quand même), "le beau sportif maladroit" (j'espère que "maladroit" n'est pas un euphémisme pour "con", je m'en voudrais de lire des clichés sur les hommes sportifs dans un papier rédigé par... un homme), "le financier inculte" (NOUS Y VOILA ! nous y voilà ! Qu'importe qu'il soit inculte puisqu'il est "financier", c'est-à-dire, je suppose, barbant, prévisible et routinier MAIS potentiellement riche) ou encore "le collègue de bureau qui fait ses deux heures de muscu quotidienne et gonfle ses sicav à la moindre prime" (si j'ai bien saisi le principe, ce dernier exemplaire rassemble tous les avantages puisqu'il est 1. repérable dans un entourage immédiat, ce qui correspond au "créneau étroit" de recrutement, 2. sportif, même si son degré d'adresse n'est pas précisé, 3. pas forcément financier, mais en tout cas porté sur l'épargne et donc, c'est le plus important, potentiellement riche lui aussi).
De manière générale, le choix doit se porter sur un mâle qui "a tout ce qu'il faut où il faut (abdos, appart et aucune rivale sous le lit)". Tout y est, en effet. C'est ça, un mec bien. C'est un type qui présente joliment (là encore, on dirait que le "packaging" compte), ne crie pas famine et n'intéresse personne d'autre. Au diable les capacités intellectuelles, les valeurs, les ressources émotionnelles et la riche personnalité : non non, à la fin, puisqu'on vous dit que ce n'est pas avec cela que vous allez vous caser. Alors, heureux, messieurs ?...

3. Il est favorable à ce que les pauvres lectrices d'Isa reprennent vite fait les détestables habitudes que leurs mères (et peut-être même grands-mères) ont mis des décennies à perdre. C'est ainsi qu'un paragraphe commençant avec un conseil plutôt sain et judicieux que l'on pourrait résumer ainsi : pour fonder un nouveau couple, il faut y être préparée et avoir bien fait le ménage dans son passé se termine sur une sorte d'injonction à peine cachée à renoncer à tout acquis personnel au nom du casage express. En d'autres termes, la défense de l'indépendance féminine est, selon notre journaliste, une erreur grave qui peut nuire considérablement au casage tant espéré puisque pour se caser, il faut d'abord être "prête à tout lâcher, à tout renier" (comprenez : de la vie qu'on s'était forgée toute seule et dans laquelle, ma foi, on ne s'en sortait pas si mal même s'il lui manquait un grand amour). Hors de question donc de se comporter "en fille autonome (ça fait vieille fille)" (ah bon ? mais depuis quand ? je n'étais pas prévenue, moi) ni, pire encore, "en fille 'qui réfléchit' (ça fait instable)" (serez-vous étonnés d'apprendre que vu la teneur du reste de l'article, je m'en doutais un peu ?).
Et quant à l'avancée des choses une fois que la relation commence vraiment, l'avis de notre auteur est qu'il ne faut pas traîner, ah ça non. Le quatrième jour (le QUATRIEME jour), "contrairement à ce que l'on prétend, l'idéal est de concrétiser sur-le-champ". Laissez-moi espérer que vous n'êtes pas tombée sur un goujat qui ne cherche qu'un plan cul parce que sinon, je pressens que vous vous en mordrez les doigts (sans parler du reste). Débarrassez-vous donc de cette "conception vieillotte et fourbe du jeu amoureux (le faire mariner pour tester ses intentions...)". Mettez-leur un grand coup, à ses intentions ! Livrez-vous toute entière à ses intentions, laissez-les vous prendre au plus vite, gagnez du temps, merde ! Combien de filles fâchées de s'être allongées trop tôt seront heureuses d'apprendre que ce n'est pas à cause de cela qu'elles se sont plantées, hein ? Et qui, d'ailleurs, ose encore prétendre qu'il faut savoir se faire désirer ? Les tenants de la confiance en soi et de la fausse estime personnelle féminine, je présume. Ceux-là même qui pensent qu'une femme ne doit pas se "brader". Rétrogrades, castrateurs, briseurs de couples et de belles histoires de fesses que vous êtes tous !
Dans le même ordre d'idées, il faut, dès le cinquième jour, prendre "racine chez lui" (je rappelle qu'il doit avoir un chez-lui, sans quoi, vous avez mal mené les entretiens d'embauche et vous vous êtes trompée de candidat). N'hésitez pas à faire "des photos de vous deux" directement destinées à "sa table de nuit" (le propriétaire de ladite table de nuit, qui sera probablement aussi la vôtre sous peu si vous suivez ces sages consignes, ne semble pas devoir être consulté sur ce point). Argument ultime pour justifier une appropriation aussi rapide du territoire : "ça fait réfléchir les rivales" (moi qui croyais qu'il ne devait pas y en avoir) "et impressionne la famille", et lui-même s'en sentira "rassuré". Je crains que ça ne fasse surtout rire ses potes et fuir l'heureux élu, mais si d'aventure une telle catastrophe se produisait, il faudrait naturellement ne vous en prendre qu'à vous-même et à votre probable erreur de casting.
Bref, pour que les choses soient bien (et surtout vite) pliées, faites des projets dignes de ce nom dès, tenez-vous bien, le septième jour :

Scellez le package en le mettant sur un projet à long terme. Acheter une bagnole, un appart, un chien, tomber enceinte... Entamez un de ces grands projets sur lesquels se fédèrent les couples les plus solides.
"Les couples les plus solides", oui, au bout de sept jours !... Il y a vraiment de quoi parler de solidité. Mais croyez bien que "c'est en croyant qu'on a le temps qu'on devient velléitaire... et solitaire". Brrrrrr, la solitude ! Votre plus grande crainte, coquine ! Alors quoi, qu'attendez-vous ? Hop hop hop, cassez le PEL, jetez votre pilule dans les toilettes et à vous la vie de couple ! Casée, enfin casée (et qu'importe avec qui ou dans quelles conditions) !

4. Il a vraiment le sens de la formule. Cette catégorie de citations se passe bien entendu de commentaires, je vous laisse les apprécier telles quelles :
- "Amour ou business, quand les choses doivent se faire, elles se font !", pertinemment développé par : "Pas besoin de traîner six mois pour conclure une affaire..." Notez au passage la belle équivalence proposée entre amour et commerce (hélas compris au sens contemporain du mot), je suis persuadée qu'elle modifiera votre conception des relations sentimentales à l'avenir.
- "Comme on dit : 'La qualité reste, le prix s'évapore !' " J'ose à peine me demander de quoi il est question.
- Et bien sûr, le fameux : "Toutes les études prouvent que..." et sa suite, le grand : "Là encore, les plus sérieuses études montrent que..." Mais lesquelles, au nom du ciel, lesquelles ! Nous voulons plus, plus de références, plus de revues scientifiques, une bibliographie complète, classée et commentée - des gens nous étudient sérieusement et nous, nous n'avons même pas accès à leurs conclusions, quel scandale, à la fin !

Puisque je vous suppose, comme moi, épuisés par tant d'idioties et la perspective de toute une éducation - masculine mais aussi probablement, après ce genre de chef-d'oeuvre, féminine - à refaire, je vous laisse digérer cela et vous promets pour bientôt un 2/2 également pas piqué des hannetons.


M'est avis qu'elle n'a jamais cherché à se caser à tout prix, celle-là. Photo : Flossie Mahoney.

Activités (inter)nautiques

le vendredi 24 août 2007

Incessamment sous peu, ce blog sera réalimenté par ce que je vous avais promis la dernière fois, et n'oublions pas que c'est aussi ma rentrée et qu'il se peut que ces temps-ci, mon expression ne soit pas des plus soignées. Voilà qui est dit. Or donc, le post en question est spirituellement prêt, laissez-moi juste le temps de l'écrire. Et puis, je donne aussi des nouvelles sur Twitter, sans parler de Facebook qui est quelque peu complexe et long à maîtriser, alors vous voyez. Je prépare une nouvelle mise en page avec, en invité vedette, l'autre magnifique bannière qui me fut concoctée par notre regretté Crocodoc et je réfléchis à ou plutôt, n'ayons pas peur des mots, j'essaie d'inventer une nouvelle manière de bloguer, en tenant compte du fait que j'aurai de moins en moins de temps pour cela pendant les quelques prochains mois. Bien à vous.

Teasing

le lundi 13 août 2007

Bien que ce blog subisse actuellement sa période de pause estivale, je me dois de vous avertir que sa rentrée se fera sur du lourd, du très lourd, du dossier de fond, de l'incontournable. De fait, le présent post est destiné à vous annoncer le retour sur cette page des plus jolies perles du magazine Isa, et croyez-moi, il y a de la perle de compétition, cet été. A bientôt donc pour de nouvelles et savoureuses aventures.