Comme je suis très à la page, ça fait seulement un mois que je connais cette petite ritournelle et que je l'écoute, dois-je l'avouer, en boucle, sous la douche, dans la cuisine, dans la rue et autres. Je me suis tellement plongée dans l'univers sensuel et merveilleux de Shakira que je me permets de vous livrer ici l'interprétation définitive de "La Tortura", interprétation d'autant plus fiable qu'elle n'est fondée que sur une compréhension très approximative du texte puisque je ne parle pas l'espagnol.

Regardez la vidéo et on en reparle après.


Bon. (Ca va toujours, je n'ai perdu personne ?... Les garçons, les filles ? Arrêtez votre char, ok, ils sont mignons et torrides, mais franchement, on est tous cap' d'en faire autant, je me trompe ? Oui, bon, d'accord. Je me trompe.)

Donc, dans la vraie vie, Shakira est peintre en bâtiment. (Les puristes ont le droit d'écrire "peintresse".) On lui a récemment demandé de refaire la façade d'un immeuble en noir pétrole, mais elle a eu quelques soucis avec le bidon de peinture et ça a coulé partout. Heureusement, vu la chaleur qu'il fait en Colombie, elle n'était pas excessivement habillée et elle n'a pas gâché irrémédiablement des vêtements trop coûteux. Sa tenue de travail est d'ailleurs toujours assez restreinte puisqu'elle se compose d'une petite brassière spéciale seins musculeux et d'une jupette légère qui dégage bien les cuisses. (Musculeuses aussi, les cuisses.)

Pour se sécher un peu, parce que ce n'est pas le genre qui se casse du taf avant la fin de la journée sous prétexte de prendre une douche, la miss se secoue dans tous les sens jusqu'à ce qu'elle ne sente plus les ruissellements du liquide sur son corps. Elle en profite pour peaufiner ses mouvements de gym les plus spectaculaires, genre sautés de buste en série (c'est fascinant, j'espère que vous savez comment elle fait parce que je suis preneuse, et prête à bosser un max pour y arriver), écartages de cuisses en quatrième vitesse et balancés panoramiques de bassin. A la fin du clip, vous le verrez, elle juge que la pause a assez duré et elle retourne au travail. Moi, je dis Madame.

Parallèlement à cette scène, qui donne une bonne idée de la vie du BTP si on n'est pas du milieu, un autre moment de la journée de Shakira, hop hop, on s'accroche parce que c'est un peu plus complexe.
Quand elle rentre chez elle, Shakira, contrairement aux filles normales type moi, mes collègues ou encore Britney Spears, tous ses voisins la regardent. Je dis bien TOUS. Scotchés à leur fenêtre comme des moules à leur rocher (trop banal) ventouses à leur siphon parce que woooooh, Shaki, c'est de la bombe. Genre ils se sont tous fait licencier pour être sûrs d'être chez eux quand elle passe dans la rue à trois heures de l'après-midi - oui, parce que quand on travaille sur les chantiers, surtout en Colombie rapport à la chaleur dont je parlais plus haut, on commence très tôt et on finit très tôt. On est de retour chez soi dans l'après-midi pour hacher des oignons chuuuuut, n'anticipons pas sur la suite.

Donc tous ses voisins la matent comme des malades mais le réalisateur du clip, pas fou, a décidé de centrer le propos sur un seul d'entre eux : Alejandro Sanz. Plusieurs bonnes raisons de le choisir, 1. il habite juste en face, du coup il va pouvoir la voir AUSSI chez elle, 2. il est quand même brûlant, cet Alejandro Sanz, avec sa voix rauque et sa barbe de trois jours, 3. c'est lui qui chante la chanson en duo avec Shaki, donc au niveau de la cohérence scénaristique, ça se tient mieux que s'il avait pris Paulo Heinz. (Ne cherchez pas, j'ai inventé, ça me faisait rire.)

Alejandro est donc à la fenêtre pour bien voir la Shaki mais comme c'est un noceur, un fêtard comme on n'en fait plus, lui, à trois heures de l'après-midi, il se lève à peine. Et il ne se lève pas seul : je ne voudrais pas gâcher le plaisir de ceux qui n'ont pas vu la vidéo en entier, mais il y a une fille chez Alejandro, une brune toute mince et fadoche qui dort encore un peu et qui, franchement, nous fait nous demander pourquoi c'est elle et pas Shaki qui est actuellement dans son lit. Il profite donc du sommeil de sa conquête pour écarter délicatement les rideaux et admirer la démarche ondulante de sa belle voisine en s'exclamant en substance : "Ouh là, regardez-moi cette beauté, regardez-moi la joie de vivre !..." ou quelque chose comme ça, je n'en sais rien.

En effet, Shaki est là, sur le trottoir, et l'instant d'après elle est chez elle et elle se change, posant son beau débardeur blanc pour le remplacer par un noir presque identique (ils étaient en promo chez H&M, elle en a aussi un vert pomme mais on ne le voit pas dans le clip). Notons au passage qu'elle est bien la seule habitante de grande ville à se déshabiller devant une fenêtre ouverte, Shakira. Cela dit, je le ferais peut-être aussi si mon voisin d'en face s'appelait Alejandro Sanz. Et une fois changée, elle s'assoit face à la fenêtre et se met à pleurer en essuyant ostensiblement ses beaux yeux mélancoliques.
Ô tristesse !... A cet instant, mon coeur se fend. Je me dis que ce n'est pas possible qu'une fille aussi belle, aussi chaude, aussi souple, aussi délicate soit seule alors que l'autre mannequin sans cervelle se tape Sanz, quand même. Et lui, le latin lover, que croyez-vous qu'il fasse ?... Qu'il s'en va la consoler ?

Eh bien non, chers lecteurs, NON. Sachez-le, les hommes sont des salauds et Alejandro ne fait pas exception à la règle. En effet, il faut bien comprendre deux choses :

a) en fait, Alejandro est l'ex de Shakira, et elle l'a viré parce qu'il la rendait trop malheureuse. Elle le lui dit, d'ailleurs : "Tu fais tout le temps la fiesta", "Tu pleures avec les yeux secs", "J'ai si mal", "Je ne vis pas d'excuses", "Ca a été une torture de te perdre", "Tu passes ton temps à me parler d'elle", et lui qui avoue qu'il sait bien qu'il n'est pas un saint et qu'il souffre parce qu'elle ne croit plus à ses promesses. Pfffff. Les filles, j'espère bien qu'aucune de vous n'écoute plus ce genre de sornettes, hein.
b) Shakira ne pleure pas de tristesse. Elle pleure parce qu'elle est en train de couper de beaux oignons bien blancs pour le gaspacho de cinq heures.

Eh oui. C'est dur mais c'est comme ça ; même une déesse comme Shakira fait la cuisine. En débardeur et slip, accroupie sur la planche, peut-être, mais la cuisine quand même.

A partir de là, je pense que vous avez toutes les clés pour bien cerner le message. Les scènes über-sexe entre Alejandro et Shakira ne sont en fait qu'un rêve, nourri des souvenirs des temps heureux : Et dire qu'on coupait des tomates ensemble, qu'on se lutinait contre le plan de travail, qu'on bouffait chinois et que Shaki rampait sur la table et y faisait son yoga des heures durant, le ventre à l'air et les seins en mouvement !...
Oui, mais c'est loin tout ça. Que reste-t-il de ce bonheur, hummm ?... Un peu de jus de tomate sur la planche à découper et de buée sur les vitres dépolies de la douche, guère plus. Chacun des deux s'assomme comme il peut - elle dans le boulot, lui dans le sexe sans lendemain. C'est d'un triste.

Moi, cette saga latine et romantique ne me laisse pas de marbre, vous l'aurez compris. Je me prends pour Shakira au point de débiter mes légumes en bikini, maintenant. Hélas, Fiancé n'a pas encore pigé que dans ces moments-là, il faut se frotter contre moi en faisant mine de me prendre debout, là, tout de suite tellement je mets le feu, au lieu de juste demander banalement "Hummmm, mais on fait la cuisine, miam miam, et qu'est-ce qu'on fait de bon à son chéri, ce soir ?"

Ay amor !...

En bonus, une petite version live, aux Latin Grammy Awards de 2006. Bah oui, ça ne risquait pas d'être ceux de 1987, non plus. L'image n'est pas terrible mais je sais que vous vous en moquez, donc.