Grand Jacques
mercredi 13 décembre 2006, par Ménille Avénale, dans la catégorie Pas la moitié d'une fille -# 43 - Fil RSS
J'y pensais, j'en parlais, je le planifiais, j'y réfléchissais, je l'ai fait.
Je suis allée chez Dessange, j'ai fait couper quelques centimètres de mon opulente mais sèche chevelure et j'ai ordonné à la coloriste de l'éclaircir.
Notez bien, je n'ai pas demandé à devenir blonde. Je lui ai juste dit : Je voudrais éclaircir. Ce qui ne semblait pas poser de problème insurmontable.
En bonne professionnelle, la coloriste a décidé d'emblée qu'il fallait procéder à un balayage, pas à une coloration uniforme - bon, très bien. Que la teinte qui m'irait le mieux était une sorte de blond vénitien - "un blond avec une très légère pointe de roux, quelque chose de naturel" - ma foi, pourquoi pas. Qu'elle allait le travailler "en californien, de manière à éclaircir l'ensemble sans avoir l'effet racines" - eh bien dites-moi, tout cela est fort alléchant.
J'ai dit banco. Vous en auriez fait autant à ma place.
Mais vous, en revanche, vous auriez sans doute râlé en voyant que le temps passait sans que l'on s'occupe de vous. Arrivée à 9h30, heure fixée pour mon rendez-vous, j'ai été prise en main par la coiffeuse et la coloriste quelques minutes plus tard - et là, ce fut le drame.
Chez Dessange, on fait la coloration avant de couper les cheveux si et seulement si c'est une coloration uniforme - ce que j'avais demandé en prenant rendez-vous. Las, si c'est un balayage, comme la coloriste en a finalement décidé sur place, on le fait après la coupe. Ce qui, donc, n'était pas prévu. Et ce à quoi la fabuleuse organisation de la chaîne de coiffure la plus prout-prout et la plus onéreuse de France n'a pas été foutue de faire face.
J'ai donc attendu : avant le premier shampooing ; après le premier shampooing ; avant la coupe ; après la coupe ; avant le premier brushing ; après le premier brushing ; avant le balayage ; après le balayage ; avant le deuxième shampooing ; après le deuxième shampooing ; avant le deuxième brushing ; pendant le deuxième brushing. Après le deuxième brushing, quand l'ensemble était enfin terminé et qu'il s'est agi de payer, là, en revanche, je n'ai pas attendu, c'est allé remarquablement vite.
Tant et si bien que je suis sortie du salon, je pense que vous n'allez pas le croire, à presque 13h30.
Quatre heures pour une coupe et un balayage.
J'ai vu passer nombre de clientes pour qui, en une heure, une heure et demie, deux heures maxi, l'affaire était réglée, et qui manifestaient quelque étonnement à me laisser en partant à l'endroit exact où elles m'avaient trouvée en arrivant, dans un état à peine plus avancé. J'ai pu lire tous les magazines du salon, au point d'avoir mal à la tête. (Les derniers, je les ai fait durer en détaillant même les pubs, de peur qu'ils ne m'accompagnent pas jusqu'au bout.) J'ai poussé moult soupirs de mécontentement, mais je n'ai pas osé me lever en déclarant "Ca suffit, maintenant vous vous occupez de moi, je veux être sortie d'ici dans trois quarts d'heure maxi, j'ai autre chose à faire".
Bon. Mais le résultat ? vous entends-je supplier, impatients de savoir ce qu'il en est maintenant que j'ai rejoint le clan des crânes dorés.
Le résultat ? réponds-je en masquant tant bien que mal ma déception sous le ton vaguement snob qui sied si bien à la clientèle du grand Jacques. Le résultat ?...
Mauvais.
C'est simple, clair et précis.
Oh, je ne suis pas défigurée, non, je ne croise pas de regards effrayés en chemin et je récolte même des compliments spontanés de la part de pas mal de monde (en même temps, qui pourrait me dire "Ah non mais c'est moche, ça ne te va pas du tout" ?... ma mère le pourrait, mais je ne l'ai pas encore revue). A mes yeux, du moins, ça n'est pas très chouette.
Le fameux blond vénitien s'avère être très proche d'une couleur que, personnellement, j'appelle le jaune. Or (c'est le cas de le dire), j'aurais voulu du doré, du sable, du miel, tout et n'importe quoi, mais pas du jaune. Quelques mèches plus claires rendent la chose à peu près supportable, mais en aucun cas acceptable.
Quant au célébrissime balayage californien signé Dessange, c'est une arnaque intersidérale d'une ampleur à couper le souffle. Ce procédé, censé reproduire l'effet d'éclaircissement naturel du cheveu - sombre à la racine et progressivement plus clair jusqu'à la pointe - et donc éviter l'effet racines puisque celles-ci restent de toute façon naturelles est en fait, tout simplement, un effet racines en soi.
On a donc l'impression que mon balayage a deux mois alors que je sors à peine de chez le coiffeur.
Dire qu'il y a peu, je regardais mes racines naturelles tranchant sur la démarcation de mon ancienne couleur en songeant : "Bientôt, ce sera fini, ça !" Aujourd'hui, j'ai toujours les racines, la nouvelle couleur tranche encore plus violemment et je me suis pris 80 euros dans la gueule.
Soyez assez gentils pour considérer que si j'arrive à tenir six semaines comme ça, ce sera bien le maximum que je pourrai faire.
Au fait, tiens, parlons-en, de ces 80 euros. 80 euros pour une coupe, un balayage, un brushing, un shampooing et un soin, donc. (Pour votre information, le soin consiste en trois gouttes de produit supplémentaire sur les cheveux après le shampooing.) Sachez que si je ne paie que 80 euros au lieu des 130 (non, vous ne rêvez pas, buvez donc un verre d'eau, là, ça va mieux ?...) que coûte réellement l'ensemble de la prestation, c'est grâce à une miraculeuse réduction pour étudiantes... dont je ne bénéficierai plus à partir de 2007 puisque j'ai 26 ans révolus.
Vous me voyez dépenser 130 euros tous les trois mois pour un balayage moche ? Non, hein ? Et puis, qui a soufflé "et le petit geste commercial pour se faire pardonner du temps scandaleusement long que tu y as passé" ?... Il faut arrêter de rêver, mes enfants.
Je ne crois pas délivrer une conclusion trop surprenante à cette anecdote si je vous dis qu'on ne m'y reprendra plus. Dorénavant, j'irai me faire balayer les cheveux en blond normal, à partir de la racine comme tout le monde, pour 60 euros tout compris, dans un salon moins chicos mais peut-être plus fiable où je ne risquerai pas de perdre toute une matinée.
Non mais.
Le titre est inspiré d'une chanson de Jacques Brel que je n'ai pas trouvée sur Radio.Blog.Club :
Tais-toi donc, grand Jacques
Que connais-tu de l'amour
Des yeux bleus, des cheveux fous
Tu n'en connais rien du tout
Et dis-toi donc, grand Jacques
Dis-le toi bien souvent
C'est trop facile
C'est trop facile
De faire semblant


Commentaires
#1 - Le mercredi 13 décembre 2006 à 15:51, par Krazy Kitty
#2 - Le mercredi 13 décembre 2006 à 17:31, par Lucinette
#3 - Le mercredi 13 décembre 2006 à 19:44, par Junko
#4 - Le mercredi 13 décembre 2006 à 22:02, par You des Alpages
#5 - Le jeudi 14 décembre 2006 à 10:01, par Titania
#6 - Le jeudi 14 décembre 2006 à 12:14, par warningole
#7 - Le jeudi 14 décembre 2006 à 12:28, par Shopgirl
#8 - Le jeudi 14 décembre 2006 à 12:45, par Anne
#9 - Le jeudi 14 décembre 2006 à 14:54, par miss katastrof
#10 - Le jeudi 14 décembre 2006 à 20:24, par Chromosome
#11 - Le vendredi 15 décembre 2006 à 09:17, par Ménille Avénale
#12 - Le vendredi 15 décembre 2006 à 09:39, par pamela sue
#13 - Le vendredi 15 décembre 2006 à 10:30, par miss katastrof
#14 - Le vendredi 15 décembre 2006 à 17:58, par Philippe Gras
#15 - Le lundi 18 décembre 2006 à 14:50, par Ménille Avénale
#16 - Le lundi 18 décembre 2006 à 15:21, par warningole
#17 - Le lundi 18 décembre 2006 à 16:58, par Anna
#18 - Le mardi 19 décembre 2006 à 10:01, par miss k.
#19 - Le mardi 19 décembre 2006 à 20:03, par Ménille Avénale
#20 - Le mercredi 20 décembre 2006 à 18:36, par Camille Bourgoin
#21 - Le jeudi 21 décembre 2006 à 14:32, par Ménille Avénale
#22 - Le jeudi 21 décembre 2006 à 15:46, par Camille Bourgoin
#23 - Le lundi 18 février 2008 à 12:36, par Anne
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