Pragmatique, quater
lundi 18 décembre 2006, par Ménille Avénale, dans la catégorie Dear diary -# 46 - Fil RSS
Quand on entre dans des toilettes communes - par exemple les toilettes d'un bureau, d'un établissement scolaire, d'une bibliothèque, d'un bar, d'un cinéma... - et que l'on trouve, comment dire, une cuvette sale - j'entends par cuvette sale une cuvette qui ne répond pas à l'exigence du fameux "Veuillez laisser cet endroit" etc etc ; j'entends par cuvette sale une cuvette qui porte les traces indubitables et concrètes d'un passage précédent ; j'entends par cuvette sale une cuvette qui témoigne aussi de la flemme de l'usager moyen à se saisir de la petite brosse mise à sa disposition, pourtant accessible et présente dans toutes les toilettes communes, pour effacer ces traces de son passage et donner l'illusion aux suivants qu'ils entrent dans un endroit pur et vierge de toute fréquentation.
Quand, donc, on se trouve face à cette cuvette que je ne puis appeler autrement que "sale", on ressent, outre un profond dégoût doublé d'une certaine lassitude - car enfin, à part cinq secondes d'un temps certes précieux, qu'est-ce que cela coûte réellement de nettoyer la cuvette après l'avoir utilisée ?... -, la nécessité profonde d'un geste à la fois révoltant, parce qu'on a bien conscience que ce n'est pas à nous de l'accomplir, et tout à fait indispensable : il faut prendre soi-même la brosse et nettoyer la cuvette souillée par un autre.
Non que cela change quoi que ce soit à notre dégoût. Non que cela nous encourage à poser plus vaillamment nos fesses sur la cuvette. Après tout, on pourrait très bien repartir comme on est venu et aller pisser ailleurs.
Mais il est hors de question de prendre le risque, en sortant du cabinet, que quelqu'un d'autre s'apprête à y entrer et, trouvant la cuvette dans l'état que l'on sait, pense que c'est nous qui en sommes coupable.
Hors de question.
Si bien que dans une certaine mesure, la personne qui réellement a sali la cuvette compte probablement sur ce sursaut d'honneur de la part de ses successeurs pour pallier à sa propre paresse.
Au moins, contrairement à elle, nous pouvons, nous, sortir la tête haute.
Quand, donc, on se trouve face à cette cuvette que je ne puis appeler autrement que "sale", on ressent, outre un profond dégoût doublé d'une certaine lassitude - car enfin, à part cinq secondes d'un temps certes précieux, qu'est-ce que cela coûte réellement de nettoyer la cuvette après l'avoir utilisée ?... -, la nécessité profonde d'un geste à la fois révoltant, parce qu'on a bien conscience que ce n'est pas à nous de l'accomplir, et tout à fait indispensable : il faut prendre soi-même la brosse et nettoyer la cuvette souillée par un autre.
Non que cela change quoi que ce soit à notre dégoût. Non que cela nous encourage à poser plus vaillamment nos fesses sur la cuvette. Après tout, on pourrait très bien repartir comme on est venu et aller pisser ailleurs.
Mais il est hors de question de prendre le risque, en sortant du cabinet, que quelqu'un d'autre s'apprête à y entrer et, trouvant la cuvette dans l'état que l'on sait, pense que c'est nous qui en sommes coupable.
Hors de question.
Si bien que dans une certaine mesure, la personne qui réellement a sali la cuvette compte probablement sur ce sursaut d'honneur de la part de ses successeurs pour pallier à sa propre paresse.
Au moins, contrairement à elle, nous pouvons, nous, sortir la tête haute.
Photo : Avivi Aharon


Commentaires
#1 - Le lundi 18 décembre 2006 à 14:36, par Crooke
#2 - Le lundi 18 décembre 2006 à 14:54, par Fanette
#3 - Le lundi 18 décembre 2006 à 15:08, par warningole
#4 - Le mardi 19 décembre 2006 à 19:54, par Ménille Avénale
#5 - Le mardi 19 décembre 2006 à 20:46, par Crooke
#6 - Le mardi 19 décembre 2006 à 21:05, par Ménille Avénale
#7 - Le mercredi 20 décembre 2006 à 17:45, par Camille Bourgoin
#8 - Le jeudi 21 décembre 2006 à 11:57, par cAM
#9 - Le jeudi 21 décembre 2006 à 14:27, par Ménille Avénale
#10 - Le jeudi 21 décembre 2006 à 15:49, par Camille Bourgoin
#11 - Le mercredi 27 décembre 2006 à 16:13, par Ménille Avénale
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