Si j'ai commencé par vous raconter pour ainsi dire en détail les débuts vibrants de cet amour, c'est parce qu'il me paraît évident que s'il doit y avoir une recette, une seule, dans la réussite d'une relation, elle réside précisément en grande partie dans la gestion des débuts.

Les plis que l'on prend à ce moment ont de bonnes chances d'être solides et définitifs. C'est la période où l'on montre à l'autre qui on est, ce qu'on attend de lui et de l'amour en général, ce qu'on accepte et ce qu'on n'accepte pas, ce qui est à nos yeux une priorité et ce qui ne l'est pas. Je ne voudrais pas jouer les conseillères conjugales - ce n'est guère ma vocation - mais si une relation foire, il me semble donc qu'il y a deux questions à se poser : 1. qu'est-ce qui n'allait pas dans la mise en place, 2. (si la réponse à la première question est : "mais tout allait bien dans la mise en place !") à quel moment les acquis de la mise en place ont été balayés. (Et éventuellement, par qui : lui, moi, tous les deux, Nicolas Sarkozy, autres, précisez.)

A l'époque où Fiancé et moi en étions encore à la mise en place, nous nous sommes mis d'accord sur un certain nombre de principes qui durent encore aujourd'hui et dont tout donne à penser qu'ils dureront longtemps. Naturellement, nous ne nous sommes pas, le troisième jour, assis à une table avec des calepins en décrétant : "Bien, notons nos principes fondamentaux et ensuite, tâchons de nous y tenir". Non. Au fil des conversations, nous nous sommes tout simplement rendu compte que nous mettions spontanément l'accent sur les mêmes choses, qui sont aussitôt devenues des priorités et, comme pour d'aucun les pieds d'Elixie, le ciment de notre couple.

Après quoi, forcément, la vie devient plus simple.
Je veux dire que si, par exemple, vous considérez - ce qui est mon cas - que la fidélité au sein du couple n'est pas négociable, que non seulement sucer, c'est tromper, mais aussi que tromper, c'est tout casser, et si vous tombez sur un accro de la pseudo-liberté individuelle qui juge pour sa part qu'aller voir ailleurs ne veut rien dire et ne met pas en péril ses sentiments pour la femme de sa vie, vous êtes mal.
Ou encore : si à vos yeux, le couple, c'est 1+1=2 (soit la rencontre de deux individus capables de donner d'eux-mêmes à la création et à l'existence du nous tout en conservant leurs caractéristiques et leur vie propres, et notamment, si si, c'est possible, un jardin secret) et si vous tombez sur un fada pour qui le couple, c'est juste 1+1=1 (soit la rencontre de deux individus aussitôt réduits à une sorte de fusion totale mais, j'aime autant vous prévenir, malsaine et illusoire, dans laquelle on dit tout à l'autre et, si possible, on fait aussi tout avec l'autre - notez que souvent, cela ne fonctionne en réalité que dans un sens, à vous de trouver lequel), vous êtes vraiment très mal.

De ce côté-là, j'ai eu de la chance. Fiancé est tout pareil comme moi : la fidélité est une priorité absolue et le couple n'est jamais rien d'autre que 1+1=2. En somme, c'est un gars bien. Ce qui, allié à sa beauté, à son intelligence, à son sens de l'humour, à ses capacités d'écoute et de compréhension, à sa tendresse, à son courage, en fait une sorte de perle rare. Ou tout simplement l'homme que j'aime. (On avait bien dit "esprit de Noël", n'est-ce pas ?...)

Je n'ai souvenir de m'être disputée avec lui sérieusement qu'une seule fois. Toutes les autres disputes, du reste peu nombreuses et fort peu fréquentes, étaient liées soit à un état avancé de fatigue, soit à une troisième personne (pas l'amant dans le placard, vous l'aurez compris), mais jamais à nous deux directement.
Cette fameuse seule dispute réelle que nous ayons eue a d'ailleurs été elle aussi causée par un événement extérieur. Il y avait un choix à faire, nous étions d'avis contraires et aucun de nous deux n'est parvenu à convaincre l'autre, malgré de bons arguments des deux côtés. Là encore, les fondamentaux n'étaient pas en cause et nous souffrions tant de cette situation - qui s'est étalée sur plusieurs jours - que nous avons décidé ensemble de lâcher prise pour revenir au calme. Merveilleux.

Je ne peux pas dire qu'il n'y ait jamais de moments d'agacements, de reproches d'un côté ou de l'autre, de tronche un peu tirée, d'attitudes un peu discutables. Il y en a, bien sûr, mais c'est toujours si bref et bénin qu'aucun des deux n'en tient compte.
Quoi qu'il en soit, je préfère un couple dans lequel je puisse dire : "S'il te plaît, arrête de répondre à ton portable pendant qu'on est en train de manger et de discuter, je trouve ça insupportable, j'ai l'impression de ne pas être là", plutôt qu'un couple dans lequel je fermerais juste ma gueule et ruminerais ma frustration seule dans mon coin jusqu'à devenir complètement aigrie. Résultat, quand son portable sonne pendant qu'on est à table, Fiancé ne répond pas, ou alors me prévient d'un "Excuse-moi, il faut vraiment que je réponde, mais ce sera rapide", et c'est effectivement rapide.
Et pour être très honnête, je préfère aussi un couple dans lequel il me dise : "Je n'aime pas que tu ne fasses pas la vaisselle quand c'est ton tour, parce qu'alors soit je la fais moi-même pour deux le lendemain et ce n'est pas juste, soit je suis obligé de te demander de la faire et je n'ai pas envie de ça" plutôt qu'un couple dans lequel il n'ose pas la ramener et se considère comme a) la souillon de service, b) le bourreau de service, ce que, dans les deux cas, je finirais par lui reprocher. Résultat, je fais la vaisselle quand c'est mon tour. Sans faute. Et si vraiment je ne peux pas, j'échange mon tour avec lui.
Tout bénèf.
(Vous voyez, vous avez bien fait de lire ce post parce qu'en même temps, vous récoltez plein de petites astuces, le cas échéant, pour régler vos petits tracas quotidiens avec la douce personne qui partage votre home.)

Après, bien sûr, il y a tout ce que je ne peux pas dire avec des mots, et autour de quoi je tourne depuis maintenant deux posts assez conséquents sans oser l'aborder de front. Il y a tout ce qui fait que c'est lui parce que c'est comme ça. Parce que comme dirait Britney Spears : When you get the right guy, you know... you just know it. And you... you know it. (Je vous trouverai la vidéo à l'occasion, là j'ai la flemme.) Il y a tout ce qui fait que personne ne m'intéresse comme lui, que personne ne s'intéresse à moi comme lui, que personne ne me fait rire, ne m'émeut, ne m'ouvre les yeux, ne me rend belle comme lui. Il y a le fait que si j'ai un avenir, c'est avec lui. Il y a le fait que si je peux m'imaginer vieillissante, c'est avec lui. Il y a le fait que si j'ai compris que oui, le sexe compte pour au moins 70% dans une relation amoureuse, c'est avec lui. Il y a toute cette évidence qui fait que même aux pires moments d'angoisse, même quand tout me fait peur, même quand je regarde autour de moi et que je me crois ratée, quand je me dis qu'un jour je perdrai tout, cet appartement, mes rêves de carrière, mes envies artistiques, ma ville même, celle que j'ai choisie et que quelqu'un se chargera probablement un jour de m'enlever, même là, je sais que lui, je ne le perdrai pas.

Love actually, c'est un peu comme Boys don't cry : c'est exactement le genre de film sur lequel, le jour où je le croise en DVD, je me précipite dessus toutes affaires cessantes pour l'acquérir d'urgence. Mais pas pour les mêmes raisons.