Un récit de vengeance, 2/2
mercredi 14 novembre 2007, par Ménille Avénale, dans la catégorie Dear diary -# 238 - Fil RSS
Suite du premier.
Un an et demi avait passé depuis notre tout premier contact et sans qu'il s'en doute, je continuais à mon corps défendant à avoir de ses nouvelles de temps à autre par le moyen par lequel nous nous étions connus. Un soir, j'appris par ce biais qu'il cherchait à vendre quelque chose. Il ignorait complètement que je recevais encore ce genre d'informations et me croyait sans doute sortie de sa vie pour toujours, mais ce jour-là, mon plan de vengeance m'est apparu, aussi clair et précis que si je l'avais élaboré des heures durant. Et voici ce que j'ai fait.
Je me souvenais encore de son adresse mail et espérais qu'elle était toujours en activité. J'ai créé une adresse bidon, avec un joli nom très féminin, et lui ai envoyé un message en me présentant sous cette fausse identité, en lui disant que j'étais intéressée par l'objet qu'il voulait vendre, que j'habitais dans la même ville que lui et que je voulais le rencontrer.
Il va de soi que le personnage que j'avais forgé pour lui écrire n'était absolument pas choisi au hasard. Comme je connaissais un peu ses goûts en matière de filles, je lui avais fabriqué une petite nana idéale, rassemblant absolument toutes les caractéristiques et les qualités qu'il était susceptible d'apprécier. Et pour l'appâter plus sûrement encore, j'ajoutai, à la fin du mail, que j'aurais grand plaisir à le rencontrer même si la vente n'était pas conclue parce que, sans même l'avoir vu, je me sentais inexplicablement attirée par lui.
Le lendemain, j'avais une réponse.
Mon plan avait fonctionné au-delà de mes espérances. Il me répondait avec chaleur et enthousiasme et proposait un rendez-vous le week-end suivant. Il me parlait de lui et voulait en savoir plus sur moi. Je répondis à mon tour en me décrivant - là encore, je fis en sorte de lui montrer la fille de ses rêves - et déclinai la proposition de rendez-vous en disant que je ne serais pas là mais que l'on pouvait remettre cela à plus tard, par exemple la semaine d'après.
Notre échange se poursuivit ainsi pendant dix ou douze jours environ. Il m'écrivait une ou deux fois par jour et je répondais toujours après un laps de temps convenable, de manière à le faire un peu languir avant chaque message. Quand il me demanda mon numéro de téléphone, je prétendis que celui-ci était en panne et que je ne le récupérerais qu'après notre rendez-vous. Il n'avait pas Internet chez lui et passait dans les cyber-cafés, selon ses dires, quatre à cinq fois par jour pour surveiller mes réponses. Le courant passait merveilleusement bien entre nous et il était persuadé que notre rendez-vous serait un moment magique - il prétendait le sentir rien qu'à ce que je lui avais dit de moi (et pour cause).
La date et le lieu du rendez-vous furent enfin fixés. Je lui décrivis les vêtements que je porterais ce jour-là et marquai encore un point : il était persuadé que je serais magnifique. Je ris sous cape quand il me dit à son tour ce qu'il mettrait : c'était exactement la tenue qu'il avait le jour où il était venu me voir en train. Son grand costume à filles, manifestement. Tout se présentait pour le mieux, il attendait l'événement avec impatience et le matin même, il m'envoyait encore un mail extatique me disant combien il était heureux de me voir.
A l'heure dite - un samedi après-midi -, j'étais évidemment à plusieurs centaines de kilomètres de lui et, comme de coutume, je passai à la bibliothèque municipale faire le plein de lectures fraîches pour le mois à venir et au centre commercial pour un peu de lèche-vitrines. De temps à autre, je regardais ma montre et calculais : là, il s'attend à la voir arriver ; là, il attend depuis cinq minutes, depuis un quart d'heure, depuis une demi-heure... Je me sentais sereine et soulagée, comme si l'incompréhension et la souffrance que je lui infligeais alors à distance étaient progressivement en train d'absorber et d'effacer ce que j'avais moi-même vécu un an et demi auparavant.
Il m'envoya un mail le soir même. Il m'avait attendue plus d'une heure et avait ensuite sillonné tout le quartier, y compris la rue dans laquelle je lui avais dit que j'habitais, y compris celle où se situait mon soi-disant bar préféré (je m'étais soigneusement renseignée sur le plan de la ville avant de fixer le rendez-vous). Le lundi, il se rendit à l'université où il me croyait étudiante et fit le pied de grue devant la porte en interrogeant plusieurs personnes à mon sujet, mais personne ne me connaissait (quelle surprise !). Tous les jours, un ou deux mails de supplications suivaient : "Je sens que ça pourrait devenir incroyable entre nous... Je ne comprends pas ce qui se passe mais je suis prêt à entendre n'importe quelle explication, je suis persuadé que tu as eu un grave empêchement, je ne peux pas croire que tu me poses un lapin après tout ce que nous nous sommes dit ces derniers jours... Je t'en prie, ne me laisse pas dans le silence..." Je prenais un plaisir immense à lire ces mails mais très vite, le lundi soir, j'ai voulu mettre un point final à cette affaire. Je ne voulais pas qu'il devienne aigri et pense que j'étais - ou plutôt : que la fille qu'il avait attendue en vain était - une idiote comme les autres qui n'était tout simplement pas venue au rendez-vous et ne répondait pas à ses mails. Je voulais qu'il y ait davantage, quelque chose de complètement incompréhensible qui le projette dans une autre dimension et l'oblige à se poser des questions auxquelles il n'aurait jamais de réponse.
Alors, j'ai fermé l'adresse. Définitivement. Je voulais qu'à chaque mail, il reçoive un avis de non-distribution et comprenne que j'avais bien fait exprès de le laisser tomber et qu'il ne pourrait plus jamais entrer en contact avec moi. J'ai d'abord hésité : il fallait résister à l'envie de lire ses derniers mails et ce n'était pas évident, mais cette solution était si belle, si parfaite, si magistrale que je m'y suis vite résignée. Sans jamais le regretter.
Un an et demi avait passé depuis notre tout premier contact et sans qu'il s'en doute, je continuais à mon corps défendant à avoir de ses nouvelles de temps à autre par le moyen par lequel nous nous étions connus. Un soir, j'appris par ce biais qu'il cherchait à vendre quelque chose. Il ignorait complètement que je recevais encore ce genre d'informations et me croyait sans doute sortie de sa vie pour toujours, mais ce jour-là, mon plan de vengeance m'est apparu, aussi clair et précis que si je l'avais élaboré des heures durant. Et voici ce que j'ai fait.
Je me souvenais encore de son adresse mail et espérais qu'elle était toujours en activité. J'ai créé une adresse bidon, avec un joli nom très féminin, et lui ai envoyé un message en me présentant sous cette fausse identité, en lui disant que j'étais intéressée par l'objet qu'il voulait vendre, que j'habitais dans la même ville que lui et que je voulais le rencontrer.
Il va de soi que le personnage que j'avais forgé pour lui écrire n'était absolument pas choisi au hasard. Comme je connaissais un peu ses goûts en matière de filles, je lui avais fabriqué une petite nana idéale, rassemblant absolument toutes les caractéristiques et les qualités qu'il était susceptible d'apprécier. Et pour l'appâter plus sûrement encore, j'ajoutai, à la fin du mail, que j'aurais grand plaisir à le rencontrer même si la vente n'était pas conclue parce que, sans même l'avoir vu, je me sentais inexplicablement attirée par lui.
Le lendemain, j'avais une réponse.
Mon plan avait fonctionné au-delà de mes espérances. Il me répondait avec chaleur et enthousiasme et proposait un rendez-vous le week-end suivant. Il me parlait de lui et voulait en savoir plus sur moi. Je répondis à mon tour en me décrivant - là encore, je fis en sorte de lui montrer la fille de ses rêves - et déclinai la proposition de rendez-vous en disant que je ne serais pas là mais que l'on pouvait remettre cela à plus tard, par exemple la semaine d'après.
Notre échange se poursuivit ainsi pendant dix ou douze jours environ. Il m'écrivait une ou deux fois par jour et je répondais toujours après un laps de temps convenable, de manière à le faire un peu languir avant chaque message. Quand il me demanda mon numéro de téléphone, je prétendis que celui-ci était en panne et que je ne le récupérerais qu'après notre rendez-vous. Il n'avait pas Internet chez lui et passait dans les cyber-cafés, selon ses dires, quatre à cinq fois par jour pour surveiller mes réponses. Le courant passait merveilleusement bien entre nous et il était persuadé que notre rendez-vous serait un moment magique - il prétendait le sentir rien qu'à ce que je lui avais dit de moi (et pour cause).
La date et le lieu du rendez-vous furent enfin fixés. Je lui décrivis les vêtements que je porterais ce jour-là et marquai encore un point : il était persuadé que je serais magnifique. Je ris sous cape quand il me dit à son tour ce qu'il mettrait : c'était exactement la tenue qu'il avait le jour où il était venu me voir en train. Son grand costume à filles, manifestement. Tout se présentait pour le mieux, il attendait l'événement avec impatience et le matin même, il m'envoyait encore un mail extatique me disant combien il était heureux de me voir.
A l'heure dite - un samedi après-midi -, j'étais évidemment à plusieurs centaines de kilomètres de lui et, comme de coutume, je passai à la bibliothèque municipale faire le plein de lectures fraîches pour le mois à venir et au centre commercial pour un peu de lèche-vitrines. De temps à autre, je regardais ma montre et calculais : là, il s'attend à la voir arriver ; là, il attend depuis cinq minutes, depuis un quart d'heure, depuis une demi-heure... Je me sentais sereine et soulagée, comme si l'incompréhension et la souffrance que je lui infligeais alors à distance étaient progressivement en train d'absorber et d'effacer ce que j'avais moi-même vécu un an et demi auparavant.
Il m'envoya un mail le soir même. Il m'avait attendue plus d'une heure et avait ensuite sillonné tout le quartier, y compris la rue dans laquelle je lui avais dit que j'habitais, y compris celle où se situait mon soi-disant bar préféré (je m'étais soigneusement renseignée sur le plan de la ville avant de fixer le rendez-vous). Le lundi, il se rendit à l'université où il me croyait étudiante et fit le pied de grue devant la porte en interrogeant plusieurs personnes à mon sujet, mais personne ne me connaissait (quelle surprise !). Tous les jours, un ou deux mails de supplications suivaient : "Je sens que ça pourrait devenir incroyable entre nous... Je ne comprends pas ce qui se passe mais je suis prêt à entendre n'importe quelle explication, je suis persuadé que tu as eu un grave empêchement, je ne peux pas croire que tu me poses un lapin après tout ce que nous nous sommes dit ces derniers jours... Je t'en prie, ne me laisse pas dans le silence..." Je prenais un plaisir immense à lire ces mails mais très vite, le lundi soir, j'ai voulu mettre un point final à cette affaire. Je ne voulais pas qu'il devienne aigri et pense que j'étais - ou plutôt : que la fille qu'il avait attendue en vain était - une idiote comme les autres qui n'était tout simplement pas venue au rendez-vous et ne répondait pas à ses mails. Je voulais qu'il y ait davantage, quelque chose de complètement incompréhensible qui le projette dans une autre dimension et l'oblige à se poser des questions auxquelles il n'aurait jamais de réponse.
Alors, j'ai fermé l'adresse. Définitivement. Je voulais qu'à chaque mail, il reçoive un avis de non-distribution et comprenne que j'avais bien fait exprès de le laisser tomber et qu'il ne pourrait plus jamais entrer en contact avec moi. J'ai d'abord hésité : il fallait résister à l'envie de lire ses derniers mails et ce n'était pas évident, mais cette solution était si belle, si parfaite, si magistrale que je m'y suis vite résignée. Sans jamais le regretter.


Commentaires
#1 - Le mercredi 14 novembre 2007 à 10:54, par callisto
#2 - Le mercredi 14 novembre 2007 à 11:17, par Berlingotte
#3 - Le mercredi 14 novembre 2007 à 11:24, par Deanna
#4 - Le mercredi 14 novembre 2007 à 11:40, par Katastrof
#5 - Le mercredi 14 novembre 2007 à 13:56, par art.truk
#6 - Le mercredi 14 novembre 2007 à 16:05, par Junko
#7 - Le mercredi 14 novembre 2007 à 20:21, par muji monsterz
#8 - Le mercredi 14 novembre 2007 à 20:48, par Sapho
#9 - Le mercredi 14 novembre 2007 à 20:50, par Sapho
#10 - Le mercredi 14 novembre 2007 à 22:26, par Lise
#11 - Le jeudi 15 novembre 2007 à 12:32, par Claire
#12 - Le jeudi 15 novembre 2007 à 17:24, par Ménille Avénale
#13 - Le jeudi 22 novembre 2007 à 12:48, par stouf
#14 - Le vendredi 30 novembre 2007 à 20:03, par Ménille Avénale
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